EDITO #2 – Février 2014

Le dernier congrès de la CSC Verviers et de région de langue allemande était consacré à la question de la pauvreté. Une problématique plus que jamais d’actualité dans un contexte de crise économique qui a vu la pauvreté littéralement exploser ces derniers années en Europe. Selon une récente étude de la Croix Rouge, plus de 120 millions d’Européens sont menacés par la pauvreté.

En lien avec les élections de 2014, deux enjeux abordés lors de ce Congrès méritent que l’on s’y attarde plus particulièrement. Le premier concerne la mesure la plus controversée du gouvernement Di Rupo : la réforme des allocations de chômage. Une mesure avant tout idéologique qui va avoir des répercussions dramatiques sur le quotidien et le niveau de vie de milliers de personnes parmi les plus fragiles de notre société. Une institutionnalisation de la pauvreté, qui touchera en particulier les femmes, alors même que la Belgique s’est engagée à sortir 380.000 personnes de la pauvreté d’ici à 2020 !

Cette mesure aussi injuste qu’inefficace tend à rendre responsable les chômeurs de leur situation en niant le manque structurel d’emplois. Une pression morale de la société à l’encontre des demandeurs d’emploi qui transforme la lutte contre le chômage, en lutte contre les chômeurs.  Cette précarisation du marché de l’emploi vise à mettre en concurrence les travailleurs les plus fragilisés pour les contraindre à accepter n’importe quel job et va conduire à la baisse des salaires et des conditions de travail.

Si on n’y prend garde, cette réforme structurelle du marché du travail risque de n’être qu’un avant-goût de ce que pourrait nous préparer un prochain gouvernement  de centre-droit qui ferait du « socio-économique son cheval de bataille », selon les déclarations de campagne. Les libéraux flamands ont annoncé la couleur, ils veulent des « mini-jobs » à l’allemande pour sortir de la crise et retrouver le chemin de la croissance.

Les militants de la CSC lors du Congrès ont bien mis en avant les risques sociaux de l’extension de ces « mini-jobs » à la Belgique. En effet, si le succès de l’économie allemande est incontestable, ses conséquences sociales le sont encore plus. Aujourd’hui, un quart des travailleurs allemands vit avec des bas salaires et des conditions de travail précaire ; une situation qui touche, ici aussi, principalement les femmes. L’Allemagne est par ailleurs un des pays riches où les inégalités de revenus ont le plus augmenté. Des mini-jobs qui ne construisent bien souvent aucun droit à la sécurité sociale… quid des pensions ? Si bien que ces mini-jobs constituent à moyen termes, sans doute plus une menace pour l’avenir même de notre grand voisin, qu’une solution miracle à appliquer à l’ensemble de l’Europe.

Aujourd’hui, le modèle socio-économique allemand renvoie à  la question fondamentale suivante : quel est le sens d’un retour à la croissance économique, si elle ne s’accompagne pas d’une évolution du bien-être pour toutes et tous, et en particulier pour les milieux populaires ? Pour le Mouvement Ouvrier Chrétien, une croissance économique qui serait portée par l’appauvrissement du monde du travail est tout simplement inconcevable.

Alors, les prochains mois quand on parlera du retour de la croissance économique dans les débats électoraux, il faudra être vigilant et demander : « De quelle croissance parle-t-on ! »

Philippe Taquet
Secrétaire fédéral

Denis Gobert
Président