#5 Edito

Il y a en Belgique comme un tabou fiscal qui empêche toute réforme ambitieuse allant dans le sens d’une fiscalité plus juste, c’est-à-dire un rééquilibrage de la fiscalité entre les revenus du travail et ceux du capital et du patrimoine.

Les mesures prises dans la torpeur de l’été en matière de fiscalité par le gouvernement Michel illustrent à merveille cette situation: aucune taxation des plus-values mobilières comme cela existe dans la plupart des pays européens, alors que certaines études indiquent qu’une telle taxe rapporterait jusqu’à 4 milliards; pas d’avancée en matière de globalisation des revenus, système appliqué pourtant jusqu’en 1982, qui est la clé de voute pour taxer l’ensemble des revenus de manière progressive; pas de remise à plat de l’impôt des personnes physiques dans le sens d’une contribution plus importante des revenus les plus hauts…

A l’inverse, en accordant une diminution linéaire de 33% à 25% des cotisations patronales sans contrepartie en matière de création d’emplois, le gouvernement signe un chèque en blanc au monde patronal de 1,32 milliard fragilisant au passage le budget de la sécurité sociale dont on sait qu’il est déjà sous tension.

Cette mesure ne va faire qu’accentuer une tendance lourde de nos économies qui voit depuis le début des années 80′ la part des revenus du travail dans la richesse créée diminuer en faveur des revenus du capital. On est passé de 67% à 57% (chiffres de l’OCDE). Une mesure qui risque également de creuser les inégalités de revenus alors même que de nombreux économistes, mais aussi le Fonds Monétaire International indiquent que les inégalités sont aujourd’hui le principal frein à la relance de l’économie.

Pas étonnant par contre que cette mesure soit présentée comme un soutien à la relance de la compétitivité des entreprises, le nouveau mantra du gouvernement belge. Il s’agit ici de rattraper son « retard » en matière de compétitivité par rapport essentiellement à l’Allemagne, pays qui a fait de l’austérité et de la relance par la compétitivité sa marque de fabrique depuis de nombreuses années. Une politique de déflation salariale qui s’est accompagnée d’une augmentation de la pauvreté et des inégalités outre-Rhin sans précédent et qui a aussi déstabilisé l’ensemble de l’économie européenne … En voulant coller au modèle allemand, le réveil risque d’être douloureux pour le monde du travail en Belgique.

Face à cette situation et ces enjeux, la mobilisation avec le front commun syndical est plus que jamais nécessaire. Pour le MOC, il s’agira de rappeler notre volonté d’instaurer une réelle justice fiscale pour financer la sécurité sociale et des services publics dignes de ce nom qui constituent la seule richesse de ceux qui n’en ont pas. Aujourd’hui, notre capacité collective à collecter un impôt juste et plus progressif pour réduire les inégalités est plus qu’un projet politique, c’est un projet de civilisation.

Rendez-vous le 7 octobre à Bruxelles !

Philippe Taquet, Secrétaire fédéral
Denis Gobert, Président