#Edito Février

Ces derniers mois ont été marqués par des attaques frontales contre notre modèle social que le monde du travail a mis des décennies à construire : réduction des droits en matière d’allocation de chômage, diminution du budget des soins de santé, recul de l’âge de la pension, saut d’index, diminution des cotisations patronales…

Autant de mesures injustes frappées du sceau de l’austérité qui ne vont qu’ajouter de la précarité à la précarité, de la pauvreté à la pauvreté en particulier chez les jeunes et les femmes. Des mesures qui sont aussi inefficaces, car elles creusent les inégalités et vont renforcer une tendance lourde de nos économies qui depuis le début des années 80’ voit la part des revenus du travail dans la richesse créée diminuer en faveur des revenus du capital. On est passé de 67% à 57% (chiffres de l’OCDE).

Pour appliquer ce programme socio-économique, le gouvernement fédéral n’a pas hésité non plus à mener une politique de délégitimation des syndicats, mais aussi des mutuelles, en mettant à mal la concertation sociale de manière inédite et inquiétante. A la veille des élections sociales et mutualistes de 2016, et malgré ce contexte difficile, il est important de rappeler en quoi la démocratie sociale est un fondement de notre système démocratique.

Les élections sociales et mutualistes sont d’abord la preuve de la pleine légitimité démocratique des organisations syndicales et mutualistes. Dans une société qui pousse à l’individualisme, il faut aussi souligner la mobilisation de toutes ces personnes qui s’engagent concrètement pour la solidarité.

La démocratie sociale, au même titre que de la démocratie parlementaire, est un rouage essentiel de notre société. Elle est garante d’une prospérité partagée dans notre pays entre les intérêts du marché et ceux  de la société. Il faut rappeler à ce titre que si notre pays a mieux résisté que d’autres à la crise économique et financière, c’est grâce à l’efficacité de notre système de sécurité sociale qui a joué en plein son rôle d’amortisseur social.

Une étude récente du Fonds monétaire international (FMI) explique le lien de causalité entre d’une part, le déclin de la syndicalisation, et d’autre part, l’augmentation des inégalités et in fine l’affaiblissement des politiques de redistribution. Nous le savons, aujourd’hui nous sommes moins face à un problème de création de richesse que de répartition de la richesse créée. Plus que jamais, il est de notre responsabilité de lutter face à ces forces qui veulent faire régresser la démocratie sociale et donc les principes et valeurs de la démocratie que sont l’égalité et la solidarité.

Sur le déchirement entre citoyenneté politique et citoyenneté sociale qui est à l’oeuvre, le sociologue français Pierre Rosanvallon nous met en garde : « ce déchirement de la démocratie est le fait majeur de notre temps, porteur des plus terribles menaces. S’il devait se poursuivre, c’est en effet le régime démocratique lui-même qui pourrait à terme vaciller. La croissance des inégalités est à la fois l’indice et le moteur de ce déchirement. Elle est la lime sourde qui produit une décomposition silencieuse du lien social et, simultanément, de la solidarité. »

Ceci n’est pas notre projet politique, et ce n’est pas non plus de cet avenir que nous voulons… Alors oui, plus que jamais en 2016, le MOC se mettra en mouvement pour plus de solidarité et plus de démocratie !

Philippe Taquet, Secrétaire fédéral
Denis Gobert, Président